A l’occasion de la commémoration des 250 ans de la naissance de Charlotte Corday, « Normandie à la loupe », et l’office du tourisme de Caen la Mer proposent des visites théâtralisées donnant l’opportunité de partir à la rencontre de Charlotte Corday.

En effet, combien somme-nous à connaître vraiment cette jeune femme retenue par l’Histoire pour avoir assassiné Jean-Paul Marat le 13 juillet 1793 ? Au délà de cet acte, qui était finalement cette Normande ? Quel était son parcours ? Et enfin, quelles ont été les raisons qui l’ont poussée à une telle extrémité ?  Autant de questions sur celle née un 27 juillet 1768 à Saint-Saturnin-des-Ligneries près de Vimoutiers dans le Pays d’Auge. D’ailleurs, honte sur moi, le, soi-disant, fier Augerons, qui ne connaissait pas ce détail historique.

Vous vous doutez que mon orgueil en a été piqué. Il n’en a pas fallu plus pour finir de me convaincre d’accepter l’invitation faite par l’office du tourisme de Caen La Mer. J’allais donc marcher dans les pas de Charlotte Corday, tenté d’en connaître plus sur cette descendante du dramaturge et poète Corneille.

Visiter Caen dans les pas de Charlotte Corday

Je décidai donc d’attendre mon « rendez-vous » avec l’histoire sur le parvis de l’abbaye aux Dames. Assis sur un banc sous le soleil de Juillet, la chaleur, le son du vent dans les arbres, j’observai alors le temps traîner les pieds. Et dans cet instant suspendu, hors du temps, je m’abandonnai imperceptiblement à la somnolence.

L’amie de Charlotte vient à notre rencontre

Les yeux fermés, j’entendis alors un son de pas s’approchant de moi. Je rouvris les yeux et vit apparaître une jeune femme étrangement vêtue. Avais-je voyagé dans le temps ? Non ! Pourtant la témoin de l’impensable semblait bel et bien se tenir devant moi.

Cette dernière a le visage inquiet, et se présente comme une bonne amie de Charlotte Corday. J’ose alors lui indiquer qu’hélas celle-ci est morte. « Non ! Pas encore ! » Me répond-t-elle. Mais quel jour sommes-nous ? Le 14 Juillet ! Charlotte a été arrêtée hier et accusée d’avoir assassiné le citoyen Marat, député de la Convention. Elle risque l’échafaud, aidez-moi à sauver sa tête.  Venez avec moi, nous avons peu de temps pour rassembler des preuves.

Troublé par son plaidoyer et ne voulant pas décevoir la demoiselle, je  suivis donc son pas dans les rues de Caen.  Et c’est ainsi je finis par m’engager avec elle dans cette enquête à cheval sur deux siècles bien éloignés l’un de l’autre.

Se lancer dans une enquête pour sauver la tête de Charlotte Corday

Notre déambulation et son discours me firent comprendre le sentiment d’urgence dans lequel elle vivait à l’époque. En effet, les événements s’enchaînaient à une vitesse un peu folle. C’était une évidence, le temps pressait et nous n’avions que quelques heures devant nous…

Adepte du commissaire Maigret, je compris –tout de suite- que pour cette enquête nous allions reprendre là où tout avait commencé. Nous allions revenir sur les lieux où Charlotte Corday avait vécu. L’objectif était simple : rechercher les éléments permettant de découvrir si Charlotte est bien l’auteur du crime contre Marat. Et si tel était le cas, il fallait comprendre le geste de celle qui quitta Caen 4 jours auparavant.

Les questions du tribunal révolutionnaire

Pourquoi ? Comment ? Sur l’ordre de qui ? C’étaient bien les enjeux de notre enquête qui nous mena de l’Abbaye-aux-Dames, à l’Hôtel particulier d’Escoville, en passant par le quartier Saint-Jean. La récolte d’indices nous permit peu à peu de faire la lumière sur cette affaire. Cette enquête-visite dans les rue de Caen et sur les pas de cette meurtrière de 25 ans, nous avait fait accumuler anecdotes et arguments pour formuler quelques hypothèses. Mais était-ce suffisant face au tribunal révolutionnaire que se réunirait le 16 Juillet prochain. Sachant que les 3 questions suivantes seraient soumises aux jurés :

Est-il constant que le 13 du présent mois de juillet, entre 7 et 8 heures du soir, Jean-Paul Marat, Député à la Convention nationale a été assassiné chez lui dans un bain, d’un coup de couteau dans le sein, duquel coup il est décédé à l’instant ?

Marie-Anne-Charlotte Corday, ci-devant Dormant , âgée de 25 ans, fille de Jacques-François Corday, ci-devant Dormant ex-noble, habitante de Caen, département du Calvados, est-elle l’auteur de cet assassinat ?

L’a-t-elle fait avec des intentions criminelles et préméditées ?

Rien n’est moins sûr… et c’est tout le but, de cette enquête. Vous vous demandez sûrement si j’ ai réussi à découvrir la vérité ou si j’ai réussi à sauver la tête de Charlotte Corday. Mais la vraie question que vous devriez vous poser c’est si vous, vous pourriez le faire! Alors si vous vous sentez l’âme d’un enquêteur et voulez aider cette jeune fille, contactez l’office du tourisme de Caen la Mer qui vous mettra en relation avec elle…Sinon vous pourrez toujours découvrir la ville par ses petits mystères

Charlotte Corday, Caen et la Révolution Française une association loin d’être ridicule

Vous vous demandez peut-être, outre le fait qu’elle soit Normande, pourquoi une balade ayant pour thème l’Augeronne Charlotte Corday et la révolution est proposée dans les rues de Caen ? Non, vous n’êtes pas fou. Une grande partie de Révolution Française et l’assassinat de Marat par Charlotte Corday eurent bien lieu à Paris, mais la ville de Caen et Charlotte Corday jouèrent bien un rôle au cours de cette période.

L’histoire entre Charlotte Corday et Caen

Fille de nobles désargentés, Charlotte Corday est la troisième de cinq enfants. En difficultés financières la famille cherche à placer ses enfants. Ainsi en 1782, Charlotte Corday, alors âgée de treize ans, est admise à l’abbaye aux Dames à Caen. A l’époque, cette abbaye royale accueillait les jeunes filles pauvres issues de la noblesse. Elle y lit notamment les philosophes des Lumières comme Montesquieu ou Rousseau. Elle reste pensionnaire à l’abbaye aux Dames jusqu’en février 1791, et la fermeture du couvent un an après la nationalisation des biens du clergé.

charlotte corday

Début juin 1791, après un bref retour chez son père, elle revient vivre à Caen chez sa tante. Elle s’intéresse alors aux questions politiques et sociales. En juin 1793, Charlotte Corday côtoie les milieux girondins en exil à Caen qui appellent à l’insurrection fédéraliste contre la Convention. Enfin, le 9 juillet, elle quitte Caen pour Paris où elle assassinera Marat quatre jours plus tard.

La place de Caen dans la révolution

Peu de gens le savent mais Caen a eu un rôle lors de la Révolution française de 1789. En effet, c’est dans un hôtel particulier rue des Carmes à Caen qu’une partie des Girondins va se réfugier après la chute de la Convention au printemps 1793, et la prise de pouvoir des Montagnards.

Il s’en suit la création d’une assemblée d’insurrection le 7 Juin. Des représentants de la montagne sont alors pris en otage au château de Caen. Le 13 juin 1793, l’assemblée réunie à Caen, décide de lever une armée de 4 000 hommes pour marcher sur Paris. Mais au final, Caen ne compte qu’un contingent de 150 hommes auxquels s’ajoutent des régiments de cavalerie et trois bataillons venus de Bretagne.

Le 7 juillet 1793, les insurgés passent en revue leurs troupes pour galvaniser la population et recruter de nouveaux soldats. Mais seuls 17 hommes se portent volontaires. Cette passivité des Caennais décide alors Charlotte Corday à monter sur Paris le 9 Juillet pour assassiner Marat. A ses yeux,« l’ami du peuple » symbolise toute l’injustice, la violence et les mensonges de la faction montagnarde.

Retour vers le futur, une entrée dans l’histoire

Dans un univers pas si alternatif, et après avoir vécu cette expérience de voyage dans le temps,je serais revenu quelques jours plus tard à l’abbaye au Dames. Un étrange besoin de retour vers le futur m’aurait alors poussé un dimanche après-midi jusqu’au parc de l’Abbaye aux Dames.

L’amie de Charlotte Corday, n’aurait pas été au rendez-vous. Cependant d’autres personnes auraient été prises de cette même envie irraisonnée de converger vers ce lieu. Peu à peu nous aurions été au nombre de 1998, de 2018 puis une foule innombrable. Drapeaux bleu blanc rouge, peinture sur les visage et chants, nul doute qu’il allait se passer quelque chose, quelque chose de grand.

Tout à coup, l’ensemble des yeux de cette foule se fixèrent sur un étrangère tableau d’images en mouvement. Pendant un peu moins de deux heures, le temps semblait jouer des tours, s’étirant plus qu’il n’en fallait pour une foule impatiente… Quand tout à coup, l’explosion, la joie, la France devint championne du monde pour la deuxième fois de son histoire. Ce moment de communion populaire me transporta alors 20 ans en arrière.

Moralité: à l’Abbaye aux Dames il y a toujours une bonne raison…

…de vivre un voyage dans le temps