Depuis toujours, je me moque pas mal du regard d’autrui. Cependant j’ai toujours trouvé drôle et surtout intéressant d’écouter les paroles autour de et sur soi. Mon choix a provoqué pas mal d’interrogations et de discutions. Et c’est ainsi que j’ai découvert que la parentalité n’échappe pas aux schémas et aux préjugés. Alors si vous envisagez, vous aussi, de devenir papa au foyer voici un petit best-off des réactions auxquelles j’ai eu droit.

 

De vieux schémas parentaux encore d’actualité…

Ma première confrontation aux constructions mentales autour de la parentalité se fit lors d’un premier rendez-vous avec une sage femme dans le cadre de la grossesse de ma moitié. Au moment d’évoquer le mode de garde, un drôle de dialogue eut alors lieu.

-Sage-femme : « Vous avez décidé d’un mode de garde ? »

-Moi : « Oui, c’est moi qui vais la garder »

-Sage femme : « … » Regard fixe interloqué, elle se retourne alors vers ma belle « Bah et vous madame ? »

-Ma moitié : « je vais reprendre le travail »

-Sage femme : « Ah d’accord….. Y a t-il de la consommation de drogue au sein de votre foyer ? »

Après ce singulier dialogue et cette façon abrupte de passer d’un sujet à un autre, la fin de l’entretien fut clairement inutile. Attention, je ne fais absolument pas le procès des sages-femmes. Nous en avons choisi une seconde qui est exceptionnelle. C’est simplement une rencontre ratée où le feeling n’est pas passé. Néanmoins ce petit épisode titilla ma curiosité et aiguisa mon attention pour la suite. Et il y avait de quoi…

Le célèbre basique Papa au boulot, Maman cuisine

Il faut dire qu’avant d’être futur papa, les représentations de la parentalité m’étaient totalement étrangères. Et même honnêtement je m’en moquais comme de colin-tampon. Je voulais être papa au foyer, et le reste m’importait peu! Mais depuis la grossesse de ma moitié, j’ai bien compris que le schéma « Papa travaille, Maman aux fourneaux » et ses diverses variantes ont encore de beaux jours devant eux. Pour le papa, il est encore trop souvent entendu que sa place dans la société est au travail pour subvenir aux besoins de sa famille. Alors, faire le choix de partir sur un autre type de parentalité provoque fatalement des réactions. Et il serait vraiment dommage de ne pas vous les faire partager car un père au foyer : c’est un statut mais surtout des préjugés.

Le papa au foyer: ce héros ?

Et ouais carrément! Une partie de mes interlocuteurs s’est enflammée quelque peu sur mon choix de devenir père au foyer. Plus précisément, deux types de réactions « positives »sont venus percuter ce qui me sert de cerveau.

L’image du pionnier

Vous voulez du préjugé positif, en voici un et un beau. Une partie des gens rencontrés voit le papa au foyer comme pionnier moderne repoussant les frontières du possible.…Mouais… vers l’infini et au delà pendant qu’on y est! Si héros du quotidien il y a, la mère au foyer c’est de l’eau ? Oui, contrairement aux mères au foyer qui n’ont pas toujours une image très positive, le père au foyer est bien plus valorisé que les femmes. Il apparaît aujourd’hui comme un héros, quasiment un être de lumière façon « Charmed ». A mes yeux, les hommes au foyer ne devraient pas être considérés comme des héros parce qu’ils font ce que les mères au foyer font depuis très longtemps. C’est certes valorisant, cela flatte l’égo, mais c’est totalement faux.

Le père au foyer : ce mec trop chanceux

Mon stéréotype favori! Pour le coup, cette vision du papa au foyer m’a totalement déconcerté. Certains de mes potes m’ont reluqué avec envie lorsque je leur ai annoncé mon choix de devenir père au foyer. J’avais l’impression d’avoir remporté la super cagnotte du loto. En discutant avec eux, j’ai compris qu’ils assimilent mon nouveau statut carrément à celui du gigolo, m’assimilant au mieux à un sacré petit veinard. « Trop bien tu vas avoir du temps pour t’exercer au Bière-Pong ». Pour eux, c’est la belle vie! J’ai décroché la timbale et me perçoivent en années sabbatiques.

Une bonne idée…mais plus pour moi que pour eux

Dans l’univers professionnel, certains hommes déjà papa et/ou en couple hallucinent –eux- que je puisse mettre mon parcours professionnel entre parenthèses. Avoir arrêté de travailler de façon volontaire est perçu comme un acte courageux… voire un peu déraisonnable. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils ne souhaitent pas franchir le pas. Mais c’est peut-être parce qu’ils n’ont pas pris le temps de bien comprendre mes raisons de devenir père au foyer.

 

Etre papa au foyer : l’erreur de parcours voire la faute de goût…

D’autres réactions sont bien plus négatives, mais m’amusent tout autant. Et maintenant que ma petite bestiole est née et que je suis entré dans le vif du sujet, ces remarques négatives coulent littéralement sur moi. Cependant il serait dommage de ne pas -là encore- vous partager quelques-unes d’entre elles.

Devenir père au foyer c’est devenir financièrement dépendant

Je n’ai jamais eu de difficulté de gagner moins que ma compagne. J’ai toujours choisi de faire passer mon confort de vie devant l’opportunité d’avoir un salaire conséquent. Alors vous imaginez bien que lorsque les hommes qui me demandent si je vais réussir à laisser ma compagne gagner l’argent du foyer, je leur répond avec un large sourire.

Cette question n’est que le préambule aux réflexions sur l’inversion des rôles au quotidien. Les références à Bree Van De Kamp et Lynette Scavo de la série Desperate Housewives fleurissent. « En fait, tu vas devenir un petit Desperate Houseman !». C’est –à mes yeux- un beau compliment  puisque j’estime c’est un vrai métier. Ce type de vision fut celle de certains hommes fiers de leur réussite professionnelle, qui pense père au foyer = chômage…

D’autres beaucoup moins fins mais ô combien révélateur d’une certaine mentalité interrogent -mi graveleux, mi sexiste- : «Maintenant, c’est toi qui va faire la femme ? ». Pour eux, un homme au foyer y laisserait une grande part de sa virilité. Et là, on se dit qu’effectivement, il y a encore du boulot.

Pas la place du papa d’être au foyer

A ma grande surprise, j’ai aussi été confronté à une autre forme d’idées reçues. En effet, le mythe social que la mère possède une «complicité innée» avec l’enfant, et que le père ne pourra jamais l’égaler reste aussi une chose encore bien ancrée. Et là, cette réaction n’est pas que l’apanage des hommes. C’est là qu’on se rend compte que le statut de Papa au foyer bouscule les hommes mais aussi les femmes. Aux yeux de ces personnes, il ne serait pas dans la nature masculine de « materner », ou de pouponner. Papa, ce serait uniquement enfiler le costume de l’autorité, de la compétitive, et voire celui de l’agressivité.

De bien beaux clichés qui me font finalement penser que, comme les femmes qui ont dû lutter pour accéder au monde du travail, les hommes vont peut-être devoir lutter pour revendiquer le droit d’investir le monde du foyer afin de pouvoir demeurer auprès de leurs enfants.

Cette vision me permet de boucler la boucle puisque sur les réactions et explique qu’un certain nombre de femmes louent les efforts presque héroïques des hommes au foyer.

Et mon sentiment sur tout cela?

papa au foyer

A mon sens, être un homme au foyer, c’est comme le Port-Salut, c’est écrit dessus. : Cela reste avant tout un homme. Rien de ma masculinité ne me semble renié, ni rogné. On y accole simplement un certain nombre d’autres activités propres au foyer. Ainsi, il me paraît tout à fait naturel de jouer avec ma fille, de bientôt lui lire des histoires, de lui nettoyer le derrière et déjà de m’inquiéter de sa santé.

Les mentalités semblent donc –effectivement- encore quelque peu figées. Mon nouveau statut et les réactions qu’elles engendrent en disent –souvent- bien plus sur mes interlocuteurs que sur moi-même. Et une fois qu’on l’entend ainsi, il est d’autant plus facile d’assurer le rôle de papa au foyer.

 

Univers alternatif : Mal faire les choses pour bien faire mâle ?

Dans un univers alternatif, j’aurais choisi d’être le stéréotype du vrai mâle comme certains le voient encore : Agressivité, compétitive ou encore force physique.

Tout d’abord, en bon mâle qui se respecte, j’aurais alors décidé de faire élever à la dure ma petite choupette. Inspiré et impressionné par de la mythologie romaine et par l’histoire de Misha Defonseca, j’aurais alors fait le choix de la garde option loups.  Cependant, après l’apparition des premières dents et les premières morsures que m’aurait faites ma fille, j’aurais compris que je n’étais pas vraiment perçu comme le mâle Alpha de notre petite meute.

Ensuite, j’aurais donc voulu reprendre la main à l’aide d’un film documentaire fort bien documenté intitulé «  Trois hommes et un couffin ». D’après l’expression: Un homme averti en vaut deux, j’aurais alors cru qu’en regardant celui-ci j’aurais triplé mon savoir. Mais je ne tripla que mon savoir mal faire. Nouvelle impasse…

Moralité : En matière de savoir-faire paternel, il faut faire savoir que « faire mâle » ne se conjugue pas obligatoirement avec mal faire.