Après Barcelone, ses ruelles, son port et ses cathédrales, l’aventure des Mystérieuses Cités d’Or change brutalement d’échelle. Dans le premier épisode, on courait derrière Esteban dans les rues de la ville. On levait les yeux vers les façades, les balcons et les nuages que seul le « fils du soleil » semblait pouvoir repousser. Avec Les Mystérieuses Cités d’Or Épisode 2, intitulé Vers le diabolique détroit de Magellan, fini le pavé barcelonais. Nos jeunes héros sont prêts à avaler l’horizon. Devant l’écran, ma fille se projette sur les personnages, tout comme moi au même âge.
Table des matières
L’Esperanza, premier vrai territoire de l’aventure
Les Mystérieuses Cités d’Or Épisode 2 :Cap sud-sud-ouest et sans GPS !
Dans la première scène de l’épisode, qui dure à peine quelques instants, l’Esperanza lève l’ancre, hisse les voiles et quitte le port de Barcelone. Sur les quais, la foule acclame le départ. À bord, les marins s’activent, parlent déjà des mois qui les séparent du retour. Autrement dit, ils ne partent pas pour une petite balade en mer avec sandwichs dans le sac et retour avant le goûter. Et puis une voix crie : « Cap sud-sud-ouest ! » Moi, j’entends une direction. Un ordre de navigation plutôt cohérent quand on quitte Barcelone. En effet, il faut descendre vers le sud-ouest pour gagner la sortie de la Méditerranée et attraper la route de l’Atlantique.
Mais une autre voix, celle de ma fille, vient faire écho à ce cap lancé à la volée, avec une question aussi enfantine que contemporaine. « Mais papa, comment ils savent où ils vont, ils n’ont pas le GPS ? ». Ce cap, ma fille l’a entendu plutôt comme un mystère. Comment peut-on partir pour des mois, au milieu de la mer, sans écran ni petite voix pour indiquer le chemin ? La réponse apparaîtra quelques minutes plus tard. Pour l’instant, restons sur le pont. Avant les cartes, les étoiles et les grands noms de l’exploration, il y a d’abord ce bateau : L’Esperanza.
L’Esperanza : Caraque, galion ou caravelle ?
L’Esperanza n’est pas un simple bateau posé là pour transporter les personnages d’un point A à un point B. On a envie de savoir à quel type de navire nous avons affaire. On pourrait être tenté de répondre trop vite : un galion. Après tout, l’Esperanza a la haute poupe, les voiles carrées, la voile triangulaire à l’arrière et cette allure de navire armé que l’on associe immédiatement aux grandes traversées. Mais l’aventure est censée se dérouler aux alentours de 1532, et là, cela change un peu la donne. À cette date, on est encore au temps des grandes caraques, ces navires océaniques massifs capables d’embarquer hommes, vivres et marchandises vers l’autre bout du monde. Le galion existe déjà en germe, mais sa silhouette la plus célèbre viendra surtout plus tard.
L’Esperanza n’a, en tout cas, rien de la caravelle fine et nerveuse. Elle est trop lourde, trop haute, trop chargée de bois, de ponts et de châteaux flottants. Elle a quelque chose de la caraque par sa masse et par la datation de l’histoire. Mais à l’image, elle penche aussi vers le galion de fiction, notamment à cause de sa poupe haute, de ses voiles et de son allure globale. Elle penche beaucoup plus du côté du galion.

Et même d’un galion très précis. En effet, il se dit que l’Esperanza serait inspirée du Golden Hind, le navire de Francis Drake. Pour les pèlerins de l’Esperanza, on peut même la retrouver presque grandeur nature à Brixham, dans le Devon, au sud-ouest de l’Angleterre. Là, dans le port, la réplique du galion de Francis Drake est amarrée. Le navire se visite même. Après avoir passé quarante ans à fredonner “enfant du soleil”, traverser la Manche pour monter sur le presque-bateau d’Esteban n’a rien de totalement déraisonnable.
Un petit anachronisme mais qui a de l’allure
Bon, si l’on veut chipoter, il y a un peu d’anachronisme car le Golden Hind arrive trop tard pour l’époque d’Esteban. En effet, le navire de Francis Drake appartient aux années 1577-1580. Mais bon, les créateurs du dessin animé n’ont, là encore, pas cherché à être une reconstitution parfaitement fidèle. L’Esperanza est simplement un grand navire de fiction, historiquement proche de la caraque, mais visuellement inspiré par le galion. Sa silhouette est surtout là pour titiller l’imaginaire des grandes traversées et des Grandes Découvertes. Et pour le coup c’est pleinement réussi !
L’art de naviguer: la leçon centrale dans Les Mystérieuses Cités d’Or Épisode 2
La réponse à la question de Maud arrive quelques minutes plus tard, presque sans prévenir. Mendoza inspecte l’Esperanza et constate que le navire n’est pas exactement comme il l’imaginait. Le bateau est vieux, fatigué, pourri même. On avait quitté Barcelone sous les vivats, toutes voiles dehors, avec cette ivresse des grands départs. Nous voilà déjà revenus à quelque chose de plus concret, une coque qui travaille, du bois qui craque, des hommes qui obéissent à des règles dures, et deux enfants clandestins qui les découvrent très vite.
Sur un vieux navire et avec des règles dures
C’est aussi cela, l’Esperanza. Un monde clos, mouvant, instable. Un bout d’Europe jeté vers l’inconnu avec ses soldats, ses marins, ses ambitions, ses menaces et sa justice de bord, pas franchement portée sur la tendresse. Quand Gaspard découvre Esteban et Zia, la menace de les jeter par-dessus bord dit surtout la brutalité de cet univers. Je ne suis pas certain qu’il faille y voir une règle maritime très documentée pour les passagers clandestins. En même temps pas sûr que ce genre d’événements soient de ceux qu’on inscrit dans un livre de bord.
Mais l’idée est là, sur un navire parti pour des mois, deux enfants cachés dans la cale, ce sont deux bouches de plus à nourrir. Alors oui, Gaspard force évidemment le trait du méchant, mais il nous rappelle qu’un voyage pareil se compte aussi en rations. Chaque journée de calme plat tire un peu plus sur les réserves. Et ce genre d’imprévu devient une menace très concrète.
La navigation à l’estime une découverte dans Les Mystérieuses Cités d’Or Épisode 2
À bord de l’Esperanza, on avance autrement. Avec une boussole pour garder une direction. Avec des cartes, souvent incomplètes, parfois fausses, mais toujours précieuses. On s’attèle à l’observation du ciel, du soleil, des étoiles à l’aide d’instruments comme l’astrolabe de marin ou le quadrant, qui permettent surtout de chercher sa latitude, autrement dit de savoir à peu près à quelle hauteur du globe on se trouve. Pour la longitude, la position est beaucoup plus incertaine.
Destination Lima, vraiment ?
Et puis la série donne une destination plus précise : Lima. Là encore, on peut sourire un peu, car si l’aventure se déroule autour de 1532, la ville espagnole de Lima n’est pas encore fondée. On reviendra d’ailleurs dans un prochain article sur cette date et l’âge d’Esteban. Mais sachez que plus tard dans la série, on apprend que Mendoza l’aurait sauvé alors qu’il était bébé, lors de l’expédition de Magellan. Or le passage par le détroit se joue en 1520. Douze ans plus tard, nous voilà donc autour de 1532, ce qui colle assez bien avec l’âge officiel du garçon mais plus trop à la destination.
En effet, le problème, c’est qu’à cette date, Lima n’existe pas encore sous ce nom espagnol. Pizarro ne fondera la ville qu’en 1535, sous le nom de Ciudad de los Reyes. En 1532, l’Esperanza ne devrait donc pas vraiment filer vers “Lima”, mais plutôt vers la côte péruvienne, vers le monde inca, vers cette façade du Pacifique que les Espagnols commencent à convoiter sans l’avoir encore entièrement transformée en territoire colonial. Si l’on voulait parler en marin, on viserait plutôt un mouillage dans le port naturel qu’est la baie de Callao. Mais dans l’épisode, tout cela est évidemment condensé en un mot plus simple pour le spectateur : Lima. Enfant, je ne savais pas très bien placer tout cela. Le Pérou, c’était surtout loin. Très loin.
Cinq mois de mer ! C’est beau mais c’est loin !
En réalité, la route donne presque le vertige. Depuis Barcelone, il faut quitter la Méditerranée, franchir Gibraltar, descendre l’Atlantique, atteindre le sud du continent américain, se faufiler dans le détroit de Magellan, puis remonter la façade pacifique jusqu’à la côte péruvienne. À la louche, près de 17 000 kilomètres de mer. Cinq mois de voyage, dans ces conditions, ce n’est pas une exagération de dessin animé. C’est même une manière assez efficace de faire comprendre à un enfant ce que signifiait partir à l’aventure à cette époque. Partir, ce n’était pas changer de continent avec une compagnie aérienne. C’était accepter de disparaître des cartes familières pendant des mois. De dépendre du vent, des voiles, du bois, des hommes, de la santé du navire. On pouvait annoncer un cap, promettre un retour, donner des ordres sur le pont. Mais la mer, elle, gardait souvent le dernier mot.
Et puis voilà qu’approche le détroit de Magellan. À son approche la mer se cabre, le bateau tangue, les vagues semblent venir de plusieurs côtés à la fois.
À l’approche du dangereux détroit de Magellan
On ne l’explore pas encore vraiment, ce sera l’affaire du prochain épisode. Pour l’instant, il apparaît surtout comme une menace. Un nom posé devant le navire. Un seuil. Une porte étroite entre deux océans.
Esteban demande alors si c’est bien le détroit découvert par Magellan “il y a dix ans”. Mendoza répond oui. Bon, si l’on reprend notre petite horloge historique, cela grince de deux ans : Magellan est passé par là en 1520 et l’aventure se situe plutôt autour de 1532. Mais on ne va pas non plus convoquer un conseil de discipline pour une approximation de conversation. Nous aussi, on dit très bien “il y a dix ans” pour parler d’un truc qui en a douze, surtout quand le bateau commence à se faire secouer dans tous les sens.
La petite leçon de géographie de Mendoza
Ce qui compte, c’est plutôt l’explication de Mendoza. Le détroit n’est pas présenté comme une simple ligne sur une carte, mais comme un piège naturel. Un passage entre l’Atlantique et le Pacifique, au bout de l’Amérique du Sud, coincé entre le continent et la Terre de Feu. Une sorte de couloir maritime où la mer, le vent et les courants se répondent pour en faire un lieu d’une grande dangerosité. Dans l’épisode, Mendoza parle de profondeurs différentes entre les deux océans, de courants dangereux, d’un vent du nord et de ces fameuses vagues triangulaires capables de broyer un navire. En effet, le danger vient du mélange entre un détroit long, étroit, tortueux, des courants de marée puissants, des vents capables de débouler violemment des reliefs, et des houles qui peuvent se croiser.
Et c’est là que le dessin animé trouve une image formidable avec ses vagues triangulaires. Un océanographe parlerait sans doute de mer croisée, de houles désordonnées ou de courants contraires. Mais pour un enfant, “vagues triangulaires”, c’est beaucoup plus parlant. Une vague normale, on l’imagine déjà assez menaçante, alors une vague triangulaire !
Mendoza passe du navigateur au surhomme dans Les Mystérieuses Cités d’Or Épisode 2