Le week-end dernier, j’ai mis cap au Nord Ouest, pour rallier un coin de Normandie aux doux airs de bout du monde. Direction la Manche , le Cotentin avec comme première escale Cherbourg afin de répondre à l’invitation d’une des structures emblématiques de la ville : La Cité de la Mer. Presque au bout du trajet de ce samedi matin, en haut d’une montagne du Roule ensoleillée, la rade de Cherbourg s’offrait à moi. Petit plaisir de la vie, et symbole d’une journée qui s’annonçait clairement sous le signe de la mer…

Mais déjà l’imposante silhouette de la Cité de la Mer se dessinait face à moi. ce lieu à la fois aquarium et musée maritime fut élu, en 2015, 3e monument préféré des Français dans l’émission de France 2 présentée par Stéphane Bern. Mais, il était déjà temps, pour moi, d’embarquer pour un voyage au cœur de l’univers marin.

L’ancienne gare transatlantique de Cherbourg

Et quoi de mieux qu’une gare maritime, pour débuter un voyage ? Au pied de la gare transatlantique de Cherbourg, ce chef d’œuvre de l’art déco en impose. Elle fut conçue par l’architecte Normand René Levavasseur et inaugurée le 30 Juillet 1933.

Son style Art déco : écho d’un passé glorieux

De l’extérieur de la Cité de la Mer, de grandes verrières me toisent fièrement et témoignent du passé glorieux de ce qui fut la plus grande gare maritime du monde à son ouverture. En poussant la porte de la Grande Halle, l’œil est, de suite, attiré par l’horloge trônant en haut d’un escalier aux allures granitiques. Au-dessus de nos têtes, vingt-huit arches portent une impressionnante voûte. Au sol, on observe des marques d’anciens rails, vestiges d’une activité passée.

Cherbourg et sa gare maritime : Une histoire transatlantique

Cette gare maritime a été construite pour accueillir les plus grands des paquebots de l’époque. Elle sera longtemps un véritable point de convergence pour les Amériques. Non loin du Havre désigné par la France tête de ligne des relations entre la France et les États-Unis, Cherbourg avait pour elle la faveur des compagnies étrangères. La plus grande rade artificielle du monde n’étant pas étrangère à ce choix. En ce lieu, se pressaient à la fois ceux qui rêvaient de changer leur destin outre-Atlantique et ceux, plus aisés, souhaitant vivre l’expérience du voyage. A l’époque, quatre voies ferrées étaient directement reliées à ligne ferroviaire Paris- Cherbourg. Et avec jusqu’à sept trains en provenance de Paris, c’étaient des flots de voyageurs qui débarquaient chaque jour. Quelques heures plus tard, ces passagers et leurs bagages voguaient vers les Amériques.

Mais l’histoire transatlantique n’est pas née en 1933 avec la construction de René Levavasseur. Avant cette date, Cherbourg était déjà un point de passage pour ceux qui souhaitaient tenter leur chance dans le Nouveau Monde. Notamment, entre 1900 et 1914 où l’Europe connut une vague migratoire vers les Etats-Unis. Au pied des liners aux couleurs de la Cunard ou de la Red Star Line, nombre d’hommes et de femmes rêvaient leurs vies au-delà de cet horizon lointain… Et c’est sans doute dans cet état d’esprit, que des passagers sont montés en 1912 sur un certain paquebot nommé Titanic alors en escale à Cherbourg.

Vivre le dernier voyage du Titanic

Certains ne le savent peut-être pas, mais la dernière escale continentale du paquebot le Titanic, avant son terrible naufrage, fut à Cherbourg. Le 10 Avril 1912 à 20h10, après une escale de quelques heures, le Titanic quitte Cherbourg pour rejoindre Queenstown en Irlande et prendre le large dans l’Altantique. La Cité de la Mer vous permet de découvrir la vie sur le Titanic de son escale à Cherbourg jusqu’à la tragique nuit du naufrage.

L’embarquement : première étape du voyage

Dès les premiers pas, c’est tout un cérémonial qui se donne à voir. Après avoir gravi quelques marches, on foule -comme tant d’autres avant nous- l’immense Quai de France. Sur le sol, sont inscrits les noms de ports lointains,autant de destinations qui font et ont fait battre le cœur des voyageurs. En tournant la tête sur ma gauche, mon regard est happé par la superbe vue sur la rade artificielle de Cherbourg. Au bout du quai, sur ma droite, une porte ouverte, je m’engouffre alors dans la salle des bagages toujours dans le magnifique style Art déco. Au mur, défile la liste des 281 passagers ayant embarqué sur le Titanic lors de l’escale cherbourgeoise.

Une question vient alors affleurer à la surface du flot de mes pensées. A leur place, aurais-je fait le même choix : celui d’émigrer vers les Amériques…Mais encore aurait-il fallu que les Etats-unis veuillent de moi ! En effet, la jeune nation n’offrait sa citoyenneté que sous certaines conditions. Des tablettes interactives disponibles m’ont permis  de remplir le questionnaire que subissaient les candidats arrivant à Ellis Island. Pour la petite histoire, selon les critères de l’époque, je n’aurais pas pu mettre le pied en Amérique. Mais un de mes ancêtres a-t-il -lui- réussi à y émigrer ? C’est tout l’intérêt du second type de tablettes tactiles. Avec l’une d’entre elles, j’ai pu fouiller dans une base de données généalogiques et trouver un de mes ascendants qui avait fait le voyage aux Etats-Unis. Et j’avoue que cela m’a donné envie d’en connaître plus sur ce fameux « ancêtre ».

A bord du Titanic

Le temps d’emprunter quelques marches, et c’est déjà l’embarquement à bord du célèbre paquebot. Après quelques pas, je découvre la vie quotidienne des passagers de ce navire. Au détour d’une coursive, je croise alors les portraits de John Jacob Astor ou encore de Benjamin Guggenheim. Soudain à ma droite, le luxe de la 1re classe s’expose avec la reconstitution quasi parfaite de la cabine B58.  Ma déambulation me mène au centre de tri postal puis à la passerelle de navigation. Un peu plus loin, c’est l’occasion de m’initier au morse dans le centre de commandement.

Enfin, j’atteins le pont avant. Dans ce décor, en face d’un écran de 24m de long projetant l’horizon, je vis –en accéléré- la traversée de l’Atlantique et la dramatique collision avec un iceberg. Je m’esquive par une porte, et entre dans une dernière salle consacrée à l’enquête et aux documents d’époque tels que les « Unes » des journaux.

Le sous marin le Redoutable au cœur de la Cité de la Mer

La Cité de la Mer

Lors de la visite de la Cité de la Mer à Cherbourg-en-Cotentin, il est impossible de rater ce géant d’acier qui fêta ses 50 ans en 2017. Long de 128 mètres, il est le plus grand sous-marin visitable au monde.

L’histoire de ce premier sous-marin nucléaire français lanceur d’engins

Il fut construit à Cherbourg puis lancé le 29 mars 1967 sous la présidence du Général de Gaulle. Le Redoutable est le premier sous-marin nucléaire lanceur d’engins français. Il fut en service actif durant 20 ans avec près de 90 000 heures de plongée. Il a été désarmé en 1991 et depuis 2002 il s’offre à la visite au sein de la Cité de la Mer.

Une plongée à bord du submersible Le Redoutable

Je n’ai donc pas hésité à monter à bord du Redoutable. De suite, m’apparaît toute la complexité de faire cohabiter dans un si petit espace 130 membres d’équipage, 16 missiles et une « petite centrale nucléaire ». Audioguide à l’oreille, je me  faufile dans les coursives, passe les portes étanches et découvre à quoi ressemblait la vie à bord. L’atmosphère y est pleinement immersive, entre bruitages, vibrations et consignes je suis pris à m’imaginer membre de l’équipage.

Vient alors, le Poste Central de Navigation et d’Opérations (PCNO). Ici, on a la possibilité de se retrouver à la manœuvre en s’installant dans l’une des cabines de pilotage virtuel du Furtif. Une très belle expérience à vivre. Tout comme celle à vivre sur le poste de travail des « Oreilles d’or » qui ont pour mission de détecter tout bruit suspect pendant la plongée.

Le plus grand aquarium de Normandie à la Cité de la Mer

A la Cité de la Mer de Cherbourg, une visite ne serait pas complète sans passer par le pôle océan. Il se compose, tout d’abord, de l’aquarium abyssal fort de 350 000 litres d’eau de mer et de 11 mètres de profondeur, le plus profond d’Europe ! Puis de 14 autres bassins qui nous offrent de belles opportunités de découvrir de nombreux habitants de la vie sous-marine.

L’aquarium abyssal

Au sein de cet aquarium XXL,  1 000 poissons et invertébrés se donnent à voir dans une eau à 26°C.  Dans ces conditions tropicales, le spectacle ressemble à celui qu’on peut découvrir en plongeant du côté de l’île de Tahiti. Au total, ce sont 200 variétés qui co-habitent. C’est clairement un moment assez impressionnant. Tous ces poissons multicolores virvoltant et…surtout au milieu d’eux: un requin pointes noires. Envoûtants instants que d’observer de si près ce prédateur.

La tortue Caouanne et les autres aquariums

Dans l’un des aquariums de la Cité de la Mer, il y a aussi, depuis peu, une nouvelle habitante: la tortue Caouanne. Âgée de 7 ans et pesant 45 Kilos, cette « petite jeune » a été offerte par le Marineland d’Antibes. Cette espèce, accueillie par la Cité de la Mer, est connue sur les côtes normandes mais pas seulement. Car la coquine est une grande voyageuse. J’ai une certaine affection pour les tortues. Celle-ci n’a pas fait exception et j’aurais pu passer des heures à la voir effectuer son petit ballet.

Un fois détaché de cette petite charmeuse, je me suis attardé sur l’aquarium des Nautiles. La particularité de ces crustacés préhistoriques est qu’ils déplacent à l’aide de ballasts naturels. Ensuite, je me suis posé face à la rascasse volante aussi belle que dangereuse à cause de son poison. Enfin, apparaît le bassin tactile où j’ai pris plaisir à mettre les mains dans l’eau et caresser des raies. Je ne relèverai même pas vos petits sourires en coin…

Les coulisses de l’aquarium de la Cité de la Mer à Cherbourg

La cerise sur la gâteau de ma visite à la Cité de la Mer m’a permis de visiter une partie des coulisses du pôle océan. J’ai pu assister au repas du requin, nourri à heure régulière et à la perche. Il est très impressionnant de voir le rituel de ce prédateur lors de l’attaque de sa « proie »…Intense. Ensuite, j’ai pu voir les aquariums accueillant les espèces aux premiers stades de leur développement. Une vraie nurserie où j’ai découvert un étrange animal nommé limule qui inspira l’Alien du film éponyme.

Ainsi, cette visite de quelques heures de la Cité de la Mer m’a fait découvrir tout un univers encore mal connu. Je n’ai pas pas testé l’espace intitulé « on a marché sur la Mer ». Une très bonne raison de revenir…surtout qu’en octobre prochain le pôle océan connaîtra une refonte totale.

Un mal de mer ou des mots de mer

Dans un univers alternatif, j’aurais aussi tenté de me plonger dans l’univers marin. Mais vous commencez à me connaitre, je n’aurais pas fait les choses à moitié, mais toutefois bien de travers. Pour être en adéquation avec ma nouvelle passion, j’aurais décidé de devenir un mâle de Mer.

Alors, pour cela, j’aurais cru qu’on pouvait se passer d’une carrière de matelot, marin ou de pêcheur. De plus, j’avais déjà un atout physique avec la possession de fameuse bouée. Mais le physique ne fait pas tout.  Je sais que l’habit ne fait pas le moine, ou dans notre cas «  le pompon ne fait pas le mâle de mer ». Mais j’aurais quand même opté pour un bonnet rouge comme celui du commandant de la Calypso. Pour le reste des fringues, des teintes saumon et corail auraient fait l’affaire . J’aurais toutefois évité l’écueil du  « phare » à paupières qui aurait été -à mon sens- un peu de trop.

Enfin, je me serais lancé dans l’exploitation « abri côtier » et aurais décidé de me nourrir uniquement de Fjord. Cette nouvelle alimentation aurait eu des répercussions sur moi, et des nausées seraient rapidement apparues. Malade et vomitif, mes amis auraient peu à peu pris le large. Et ce ne sont pas mes interprétations des titres tels que « Coquillage et crustacé », « Oh mon bateau » ou encore « L’amour à la plage » qui y auraient changé quelques choses.

Moralité: Pour ne pas connaître ces déboires et l’amer…C’est vraiment pas la mer à boire de visiter la Cité de la Mer à Cherbourg-en-Cotentin.